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  • La guitare

    J’ai la guitare qui me démange

    Alors je gratte un p’tit peu

    Ca me soulage et ça s’arrange

    Mais ça fait pas très sérieux

     

    J’ai consulté un spécialiste

    Pour me guérir mais sans succès

    Il m’a dit si le mal persiste

    Essayez de prendre un cachet

     

    Avant même que je le comprenne

    J’étais déjà dev’nu chanteur

    Et c’est pour ça que sur la scène

    Entre les deux projecteurs

     

    J’ai la guitare qui me démange

    Alors je gratte un p’tit peu

    Ca me soulage et ça s’arrange

    (…)

    Yves Duteil

  • Retour de l'été

    Avec de l’Italie qui descendrait l’Escaut

    Avec Frida la blonde quand elle devient Margot

    Quand les fils de novembre nous reviennent en mai

    Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet

    Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé

    Quand le vent est au sud, écoutez le chanter

    Le plat pays qui est le mien

     

    Jacques Brel

  • Les souffrances de Lawrence d'Arabie

    Le  soleil brûlait au zénith. Ma faiblesse était devenue telle que j’avais grand’peine à tenir la tête droite. Les bouffées d’un vent fiévreux s’appliquaient sur nos visages comme des paumes ardentes et nous obligeaient à fermer les yeux. Je haletais de douleur, les lèvres gercées par le vent, la gorge à ce point racornie que je ne pouvais plus parler ni même avaler un peu d’eau sans souffrance. Pourtant, j’étais forcé de boire, et la torture de la soif me refusait la paix que je demandais seule. Les  mouches étaient un fléau.

    Les graviers quartzeux et le sable blanc de la vallée vrillaient leurs scintillations jusque entre nos cils. La pointe pâle des herbes desséchées, oscillant dans la brise, semblait faire danser le niveau du sol même. Cette herbe, en touffes d’environ seize pouces de haut sur des tiges d’un vert ardoisé, faisait le délice de nos chameaux. Ils en avalèrent d’énormes quantités pendant notre repos. Les hommes, à la fin, vinrent les faire coucher près de moi. Je ne pus m’empêcher de les détester : la digestion leur faisait l’haleine puante ; ils ruminaient avec lenteur et, leur bouchée à peine avalée, d’un énorme renvoi, en éructaient une nouvelle ; par  l’interstice des dents latérales, une bave verte suintait de leurs lippes, s’égouttait, coulait, trempait leurs mentons mastiquants. (…)

    J’étais si accablé par la chaleur, la faiblesse et le mal que je restai là, couché et pleurant , sans rien faire. (…) Un autre jour cette halte eût été des plus agréables, car les collines autour de moi, avaient les couleurs les plus vives et les plus étranges contours. Leur base avait pris le gris chaud d’un vieux soleil  mûri en cave et sur les crêtes couraient d’étroites veines de granit, généralement doubles, qui suivaient le contour du ciel comme les rails rouillés d’un toboggan abandonné sur un champ de foire. Arslan dit que les montagnes avaient des crêtes de coq, observation plus aiguë que la mienne.

    T.E. LAWRENCE (Les sept piliers de la sagesse)