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  • Le train du Mont-Blanc

    Familier de Chamonix, j’ai enfin pu réaliser un rêve : être à bord du train (ou du tramway) du Mont-Blanc, depuis le Fayet, dans la vallée de l’Arve, jusqu’au « Nid d’Aigle » situé à plus de 2300 m d’altitude.  Plusieurs fois la chance n’était pas au rendez-vous : ce n’était pas la saison ou il y avait des problèmes techniques. Ce coup-ci, le train était en service. Nous étions bien à l’heure à 14h40 dans la ville du Fayet-Saint Gervais. Et ce fut le départ immédiat du fameux train à crémaillère fonctionnant donc sur trois rails. Pas question de vitesse, mais la motrice verte, baptisée « Anne », grimpe allègrement, remorquant un seul wagon, avec banquettes en bois, les vitres étant baissées à mi-hauteur. Nous traversons d’abord Saint Gervais. Puis, le tracé en zig-zag nous mène dans un massif boisé d’où bientôt on pourra apercevoir, entre les arbres, un paysage montagnard de chalets et de prairies de plus en plus loin en-dessous de nous. Quand nous atteindrons le terminus, nous serons plus haut que si nous étions dans un avion amorçant son approche à l’atterrissage. Le trajet simple dure une grosse heure. Nous faisons escale au col de Voza, animé par un café en terrasse, très fréquenté au moment de notre passage, et loti d’autre part de plusieurs gros bâtiments ; un hôtel et des appartements privés sans doute. Nous repartons et croisons une autre rame couleur chocolat dont la motrice porte le nom de « Jeanne ». Au Nid d’Aigle, le train s’arrête sur le terrain en pente. Tout au long du voyage, nous aurons une vision « inclinée » du paysage, de tout ce qui nous entoure. Le terminus offre au regard un glacier, de la neige et des parois rocheuses.  Le Mont-Blanc culmine lui à plus de 4800 m. A un moment donné, un groupe de voyageurs s’immobilise, certains se concentrent sur leur appareil photo : un tout jeune bouquetin broute de l’herbe au bord de la plate-forme. L’animal nullement farouche ne se soucie pas de nous. Il s’acharne sur une pierre qu’il envoie rouler dans le vide d’un coup de sabot, ce qui lui permet de trouver une rare touffe dans ce monde minéral.

    Voilà, il faut redescendre. Des randonneurs nous rejoignent avec tout leur matériel. J’estime la pente à du huit pour cent par endroits, ce qui est énorme pour un chemin de fer. J’ai aussi des pensées admiratives pour les ingénieurs et travailleurs qui ont dû s’acharner pour relever le défi, pour vaincre quantités d’obstacles afin de mener à bien ce bel ouvrage.

    Le voyage se termine. Retour au niveau de St Gervais. Reste la magie de la montagne, toujours aussi belle : des versants immaculés, tapissés de vastes arpents de neige se découpent sur un merveilleux ciel azur, parfois en compagnie d’un clair et lumineux cumulus de beau temps.

    Lord Jim

  • Ambiance à Saint-Julien

    Dans les années cinquante, toute une vie paroissiale fleurissait, vibrait à Saint-Julien : bibliothèque, troupe scoute, cercle paroissial avec buvette, théâtre amateur, spectacles de variétés, ciné-club, conférences en soirée, soirées dansantes, fancy-fair, ligue ouvrière féminine chrétienne et toutes les autres œuvres paroissiales…

    Le théâtre amateur était assez intéressant : des personnalités de la paroisse se mettaient dans la peau de divers personnages. C’étaient de bons acteurs recueillant un franc succès. Il y avait, par exemple, des comédies qui déclenchaient  des éclats de rires et des applaudissements nourris.

    Les variétés amenaient sur la scène des chansonniers et des imitateurs, enregistrant, eux aussi, pas mal de succès. Je me souviens de cette chanson de l’époque :

    « Quand allons-nous nous marier, nous marier

       Mon cow-boy adoré ?

       Peut-être bien dimanche prochain, dimanche prochain

       Ou bien demain matin… »

    Les scouts ont présenté une imitation de journée radiophonique à l’INR (future RTBF).Cette journée commençait par le cours de culture physique, tôt le matin. Puis, venaient les journaux parlés, le bulletin météorologique, etc.

    Dans les coulisses, très ému, M. le vicaire VAN HISSENHOVEN, assistait à l’émoi, au stress d’un chef de patrouille se faisant beaucoup de souci pour ses scouts en scène, en première ligne. Pour que ses garçons « passent la rampe… » sans trébucher dans leur texte, leur rôle…

    Au chapitre des nombreux conférenciers, j’ai retenu Raoul Crabbé, spécialiste de l’aéronavale et de la guerre sur mer. Mais le plus remarquable de tous était le merveilleux orateur qu’était Jean DELEPIERRE, jésuite, digne de Cicéron : il fascinait, captivait par son verbe, son don de la parole. Tout l’auditoire était muet d’admiration. Le curé, M. l’abbé Moeller en était ébahi, impressionné…

    Le dimanche, à la grand-messe, j’étais avec mon père, au jubé, dans la chorale. Lors d’une panne électrique, j’ai été appelé à pédaler sur des planches de bois pour assurer l’alimentation du soufflet de l’orgue. Le « KOESTER » c’est-à-dire l’organiste, un homme de petite taille ne manquait ni de talent ni d’humour. C’était un excellent musicien.

    Nous étions à l’époque de Pie XII, un pape prestigieux. On était encore loin du  Concile et de son souffle bouleversant qui allait amener pas mal de changements dans les mentalités, la liturgie, les concepts, la vie de l’Eglise…

    Côté ouverture, l’abbé Van Hissenhoven mérite une mention spéciale. Déjà, dans ces années cinquante, aux réunions de foyers chrétiens, il affirmait, au temps du Carême, qu’il fallait bien davantage mettre l’accent sur l’amour d’autrui, être gentil,  plutôt que de se priver de friandises, etc. Quand ce vicaire a quitté la paroisse, il a été désigné comme aumônier militaire – pastorale exigeante (après cela, le plus dur aurait été l’aumônerie des prisons) .

    Anversois d’origine, l’abbé Van Hissenhoven était parfaitement bilingue. C’était un saint prêtre, ouvert, lucide, équilibré, très humain.

    Lord Jim

  • La maison du bonheur

    Dans la maison de Normandie

    Tout a rouillé, tout a jauni

    Mais le bonheur est encore là, blotti

     

    Dans les détails, dans les taillis

    Dans les fleurs qui n’ont pas fleuri

    Et le bonheur est dans mon cœur aussi

     

    L’herbe rase et les pommiers morts

    Rien n’est triste dans ce décor

    On dirait de l’amour qui dort

     

    Ici les arbres ont une histoire

    C’est mon passé, c’est ma mémoire

    Et mon chagrin s’est endormi un soir

     

    Ici le temps s’est engourdi

    Rien n’a changé, rien n’a vieilli

    Et la pendule s’est arrêtée aussi

     

    Il ne meurt que ce qu’on oublie

    Et la fête était si jolie

    Rien n’a pu l’effacer depuis

     

    YVES DUTEIL  (Dans la maison de Normandie)