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  • Inconnu au bataillon

    Un petit matin de 1961. En uniforme kaki de soldat milicien , je nettoie les bureaux de l’Etat-Major à la caserne du 31 ETS QM (Logistique). Ne pas oublier d’arroser les plantes. Quelqu’un entre dans le bureau. C’est un adjudant, « inconnu au bataillon ». Il me demande où sont les clefs. Je n’ai pas beaucoup lu de romans policiers. Mais là, je me méfie et réponds évasivement. J’aurais dû lui dire : quelles clés ?   Juliette ou la clé des songes ??  Au cours de notre formation de soldat à Héverlée (Leuven), nous avons été avertis : attention aux militaires de la Sécurité ; souvent des gradés, à quatre dans une jeep et portant des uniformes des trois armes (armée de terre, Force aérienne et Marine). Et je me rapproche du « visiteur » pour lui déclarer :  « Mon adjudant, si vous êtes un véritable adjudant, je vous présente mes respects. Mais je vous prie d’attendre le Chef de Corps dans le couloir. Il ne va pas tarder ».

    Le gaillard appartient à la Sûreté militaire et sort du bureau. Vite, il faut prévenir les copains dans les autres bureaux, téléphoner… Hélas, au premier étage, un camarade a remis les clés relevant de sa compétence à l’agent-adjudant de la Sûreté en question.

    Le major Pêcheux, Chef de Corps, arrive et reçoit l’homme dans son bureau. Ensuite, il ouvre la porte de mon bureau jouxtant le sien et me félicite.

    La journée a bien commencé. Dans quelques semaines je serai démobilisé. Avec ce retour à la vie civile, je retrouverai mon job à l’Institut National de la Statistique.

    Lord Jim

  • Yolande Moreau

    En 1912, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, premier acheteur de Picasso et découvreur du douanier Rousseau, loue un appartement à Senlis pour écrire et se reposer de sa vie parisienne. Il prend à son service une femme de ménage, Séraphine, 48 ans. Quelque temps plus tard, il remarque chez des notables locaux une petite toile peinte sur bois. Sa stupéfaction est grande d’apprendre que l’auteur n’est autre que Séraphine. C’est l’incomparable YOLANDE MOREAU qui incarne le rôle de Séraphine dans le très beau film visible actuellement sur les écrans belges. Elle apparaît comme une « bonne femme »  na¨ive  et pleine de bonhomie. Avant ce film intitulé « Séraphine », Yolande Moreau  a joué  dans une autre belle œuvre du septième art : « Quand la mer monte ». Elle y apparaît dans le rôle d’une autre « bonne femme »  se  produisant  en « woman show » dans des théâtres  du Nord de la France et ayant comme compagnon un porteur de « géants »  du folklore local. . Deux films à découvrir ou à revoir

    Lord Jim

  • L'enfance d'un grand homme

    C’est sur la grève de la pleine mer, entre le château et le Fort Royal ,  que se rassemblent les enfants ; c’est là que j’ai été élevé, compagnon des flots et des vents. Un des premiers plaisirs que j’aie goûtés était de lutter contre les orages, de me jouer avec les vagues qui se retiraient , ou couraient après moi sur la rive. Un autre divertissement était de construire, avec l’arène  (le sable) de la plage, des monuments que mes camarades appelaient  des « fours ». Depuis cette époque, j’ai souvent cru bâtir pour l’éternité des châteaux plus vite écroulés que mes palais de sable.

    Mon sort était irrévocablement fixé, on me livra à une enfance oisive. Quelques notions de dessin, de langue anglaise, d’hydrographie et de mathématiques, parurent plus que suffisantes à l’éducation d’un garçonnet destiné d’avance à la rude vie d’un marin.

    Les polissons de la ville étaient devenus mes plus chers amis ; j’en remplissais la cour et les escaliers de la maison. Je leur ressemblais en tout ; je parlais leur langage ; j’avais leur façon et leur allure ; j’étais vêtu comme eux, déboutonné et débraillé  comme eux ; mes chemises tombaient en loques ; je n’avais jamais une paire de bas qui ne fût largement trouée ; je traînais de méchants souliers éculés, qui sortaient à chaque pas de mes pieds ; je perdais souvent mon chapeau et quelquefois mon habit. J’avais le visage barbouillé, égratigné, meurtri, les mains noires. (…)

    J’aimais pourtant et j’ai toujours aimé la propreté, même l’élégance. La nuit, j’essayais de raccommoder mes lambeaux (…) J’étais surtout désolé, quand je paraissais déguenillé au milieu des enfants, fiers de leurs habits neufs et de leur braverie.

    René de CHATEAUBRIAND   (Mémoires d’Outre-Tombe)