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  • arrivée au moulin

     

    Ce sont les lapins qui ont été étonnés!... Depuis si longtemps qu'ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers étaient éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d'opérations stratégiques: le moulin de Jemappes des lapins...La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de lune... le temps d'entr'ouvrir une lucarne, frrt !voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent, la queue en l'air, dans le fourré. J'espère bien qu'ils reviendront

    Quelqu'un de très étonné aussi, en me voyant, c'est le locataire du premier, un vieux hibou sinistre, à la tête de penseur, qui habite le moulin depuis plus de vingt ans. Je l'ai trouvé dans la chambre du haut, immobile et droit sur l'arbre de couche, au milieu des plâtras, des tuiles tombées. Il m'a regardé un moment avec son oeil rond; puis, tout effaré de ne pas me reconnaître, il s'est mis à faire : »Hou ! Hou ! «  et à secouer péniblement ses ailes grises de poussière; - ces diables de penseurs ! ça ne se brosse jamais... N'importe ! Tel qu'il est, avec ses yeux clignotants et sa mine renfrognée, ce locataire silencieux me plaît encore mieux qu'un autre, et je me suis empressé de lui renouveler son bail. Il garde comme dans le passé tout le haut du moulin avec une entrée par le toit; moi je me réserve la pièce du bas, une petite pièce blanchie à la chaux, basse et voütée comme un réfectoire de couvent.

    Alphonse DAUDET (Lettres de mon moulin)

  • Des mots qui tuent

     

    Vers la moitié des années quarante,la paroisse de Notre-Dame du Sacré -Coeur, à Etterbeek, avait à sa tête un curé plein d'ascendant. Ce prêtre d'âge mûr avait de grands yeux bleus, surmontés de sourcils blancs et de cheveux tout aussi blancs.

    Un jour, au cours d'un sermon, il racontait comment un confesseur avait reçu d'une dame, l'aveu de

    médisances.Et le confesseur avait donné comme pénitence à cette femme de plumer une oie au grand air et puis de rassembler toutes les plumes.

    «  - Mais monsieur l'Abbé, avait objecté la pénitente, ce n'est pas possible: avec le vent les plumes vont s'envoler vite et loin. »

    « Et bien, avait répondu le confesseur, pour la médisance, c'est pareil: on ne peut réparer ni abolir le mal qui a été commis. »

    La cause de la délation, des médisances et autres calomnies pourrait bien être ce que dit Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand: « - Le fiel des envieux et la bave des lâches! « 

    Le plus pernicieux, le plus grave, c'est qu'on peut socialement tuer quelqu'un en détruisant sa réputation, en le bannisant à l'écart de la société, voire le supprimer physiquement et « donner sa vie aux chiens » comme dans le cas de M. BEREGOVOY (ministre de François Mitterand), victime de ce genre de vilenies et qui s'est suicidé...

    Lord Jim

  • Lumière au bout du tunnel

     

    La souffrance est une évidence douloureuse. Et cette question est aussi vieille que l'humanité: Pourquoi ? Comment réagir ? Toutes les religions se sont évertuées à y répondre. Bouddha, par exemple, au sixième siècle av. J.-C., rencontre la misère du monde sous les formes successives d'un vieillard, d'un malade, d'un cadavre. Il interroge son cocher qui lui fait découvrir cette vérité fondamentale: tout est douleur. Et la cause de tout, c'est le désir. Si je le supprime, je supprimerai aussi la douleur. Le bouddhisme est une voie de sagesse qui apprend à devenir un « renonçant », pour échapper à la douleur et parvenir ainsi au Nirvana, à l'extinction de tout désir.

    Le christianisme est tout à l'opposé. L'homme souffre parce qu'il n'a pas encore ce qu'il désire. Le Royaume promis n'est pas l'extinction du désir, mais l'accomplissement de toutes ces attentes que nous portons en nous et qui méritent l'éternité. La foi illumine notre souffrance d'une espérance. « Continue à désirer, creuse ton attente: au bout du chemin, il ya une lumière. Tu seras comblé . » La réponse du Dieu de Jésus Christ à la question de la souffrance, c'est la Résurrection. Celle du matin de Pâques. La nôtre, un jour.

    L'Evangile s'ouvre sur une promesse de bonheur adressée à ceux qui ont pourtant toutes les apparences contre eux: « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ». Et l'Apocalypse, en écho, annonce: « Il essuyera toutes larmes de leurs yeux (21, 4). En attendant, une seule attitude: retrousser ses manches et lutter en aimant. Faire reculer les frontières de la souffrance. Partir à la rencontre des autres et les aider à porter le poids des jours.

    Il ne s'agit pas de fuir la souffrance, mais de la transfigurer. Elle ne peut être vaincue que par l'amour. La seule manière de lutter contre elle, c'est d'accepter de la traverser. « La leçon la plus importante à apprendre, dit le poète hindou Tagore, ce n'est pas que la souffrance existe, mais qu'il dépend de l'homme de la transformer en joie. » Le chrétien n'hésite pas à appeler le mal par son nom. Mais par l'amour, il donne un sens à ce qui de prime abord n'en n'a pas. Aimez au coeur même de la souffrance et vous accosterez déjà au rivage d'éternité, vous découvrirez une joie sertie dans la douleur.

    Charles Delhez, s.j. (extrait d'un article paru dans la revue « Fidélité » d'avril 2009).