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  • Le Sac de Tamines en 1914 (II).

    Dans la matinée, les teutons traversent le pont de Sambre dégagé et, protégés par des civils, ils s'avancent sur la route de Falisolle où ils sont décimés par les troupiers français occupant les hauteurs du « Tienne d'Hamion », oµ est actuellement élevé le monument français. C'est là que seul, le breton Pierre Lefeuvre, protégea, au prix de sa vie, la retraite de ses compagnons qui, mille fois fois inférieurs en nombre durent se replier sur la France...Il était environ 3 heures de l'après-midi.

    Pendant que cette action se déroule, les Boches continuent, dans la malheureuse commune, leur oeuvre de dévastation et de carnage :

    Ils font sortir les civils blottis dans les caves et les emmènent prisonniers dans l'église des Alloux où ils restent jusque cinq heures du soir sans boire ni manger. Puis, les Allemands conduisent les hommes sur la place Saint-Martin , à travers la rue de la Station en feu !

    Le commandant ordonne aux soldats de tirer sur le groupe de civils.

    Ils n'obéissent qu'à regret à cet ordre ; certains même tirent volontairement ou trop haut ou trop bas afin de ne pas toucher ces malheureux... Ce que voyant, le chef les gronde sévèrement et, divisant les civils en deux groupes, il consomme son oeuvre criminelle, en se servant lui-même d'une mitrailleuse !...

    Du premier peloton, pas un seul civil n'est resté debout !

    Terrifiés, les civils du second peloton se baissent ou se précipitent dans la rivière, passant près de là.Mais les soldats placés sur le pont, font feu sur tout ce qui surnage. Quelques civils peuvent cependant s'échapper de la sorte.

    Il est huit heures du soir... Le canon tonne dans le lointain...Tamines n'est plus qu'un brasier...

    Sur la place, des soldats du 76e et 77e d'infanterie du Hanovre, achèvent les blessés...

    Ces brutes sont bientôt secondées dans cette sinistre besogne par des membres de la Croix-Rouge allemande qui, au lieu de secourir les victimes ou du mois d'intercéder pour les survivants, s'acharnent sur eux avec une violence inouïe, achevant les blessés à coups de barres de fer, jetant impitoyablement dans la Sambre ceux qui réclament à boire pour calmer la fièvre qui les dévore, piétinant sauvagement les cadavres pour les dévaliser !...

    Il y eut heureusement une accalmie...

    L'obscurité venue, certains rescapés, après s'être désaltérés de l'eau de la rivière, peuvent donner quelques soins à leurs infortunés compagnons qui respirent encore et auxquels le vicaire des Alloux, bien que blessé lui-même, donne les réconforts de la religion.

    Il faut avoir vécu ces heures pour comprendre les transes par lesquelles passèrent ces malheureux, craignant toujours le retour de leurs bourreaux.

    Quel tableau saisissant pour un peintre amateur de monstruosités ! Quel spectacle poignant s'offrit à la vue, lorsque l'aube se leva sur cette place ensanglantée où aujourd'hui la pierre symbolise la douleur et rappelle les noms de tant d'innocentes victimes !

    Camille MALBURNY

    in

    Contes, Légendes et Historique des communes de l'Entre Sambre et Biesmes

    suivi du SAC DE TAMINES EN 1914.

    Editeur : Imprimerie J. DUCULOT, Gembloux, 1927.

  • Le Sac de Tamines en 1914 (I).

    ETRANGERS, si un jour vous passez dans notre ville martyre, allez visiter le petit cimetière entourant l'église Saint-Martin !

    Vous y verrez les tombes de 384 malheureux civils ; des enfants, des vieillards, des prêtres qui, comme le disent les plaques incrustées dans le mur de l'église, furent lâchement assassinées, honteusement massacrées par les Allemands, prétextant « qu'on avait tiré sur eux » !...

    Mensonge infâme à ajouter à tant d'autres d'ailleurs, mais que va dénier la relation suivante :

     

    Les 19 et 20 août 1914, les Français occupent Falisolle et Arsimont, tandis que le 20 les Allemands campent sur les hauteurs de Velaine.

    Le 21, vers 6 h. 30, des éclaireurs allemands entrent dans Tamines, semant la panique parmi la population. Les soldats français vont à leur rencontre jusqu'aux environs de la maison communale, dirigeant leur tir sur les « Alloux », où se sont arrêtés les uhlans. Ils blessent un de ceux-ci, forcent les autres à regagner leur camp en refoulant devant eux quelques civils.

    Les troupes allemandes s'avancent aussitôt sur la route de Velaine.

    Vers 9 heures, les habitants des « Alloux » fuient, annonçant l'arrivée des Boches qui signalent leurs progrès en incendiant, rue de Velaine, une dizaine d'immeubles et blessant même quelques civils. (...)

    Du côté de la rue de Falisolle, une trentaine de Français environ sont postés avec des mitrailleuses, dans les talus qui bordent le chemin. D'autres soldats gardent le pont de Sambre et s'opposent même à la fuite des civils par cet endroit.

    Vers 10 heures 1/2, les Allemands arrivent de Moignelée, prennent position sur les campagnes de Tamines. Un de leurs chefs est blessé près du cimetière.

    Trois heures plus tard, ils s'aventurent jusque dans la rue de la Station, mais se hasardent trop près du pont de Sambre, d'où ils sont refoulés par les mitrailleuses françaises, signalées ci-avant, subissant ainsi des pertes très sensibles.

    Toutefois, le canon cesse de se faire entendre vers dix-huit heures.

    Les Allemands passent la nuit en beuveries...

    Vers 3 h. 30 du matin, ils sont surpris par les Français et doivent abandonner leurs prisonniers civils qui s'enfuient vers Moignelée et Velaine. Quelques-uns de ceux-ci sont tués par les brutes...

    C'est alors que les barbares germains commencent l'incendie de Tamines ! ... C'est dans ces incendies que devaient être carbonisés quantité de civils qui s'étaient réfugiés dans les caves. (...)

    Pendant ce temps, dix malheureux civils étaient fusillés sur le seuil de la maison Hennion, au fur et à mesure que les Allemands les faisaient sortir du café où ils s'étaient réfugiés. L'un d'eux, mourant, fut même transpersé de quatre coups de baionnette, sous les yeux des femmes et des enfants...

    CAMILLE MALBURNY

    (à suivre)

  • Jacques Le GOFF, grand historien.

    Jacques Le Goff, historien français de renommée internationale, considéré comme le plus grand médiéviste français, est décédé le 1er avril 2014, à Paris, à l'âge de 90 ans. Pendant sa longue carrière, Jacques Le Goff s'est consacré à l'anthropologie médiévale, dont il a modifié l'approche en abordant tous les aspects de la vie en société.

    Né le 1er janvier 1924, ancien élève de la prestigieuse Ecole normale supérieure (qui forme l'élite universitaire en France), Jacques Le Goff avait succédé, en 1972, à Fernand Braudel à la tête de l'Ecole pratique des hautes études, un des creusets de la recherche en sciences sociales en Europe, devenue en 1975, l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

    Son premier livre, « Les Intellectuels au Moyen Age » (1957), l'impose à 35 ans comme l'héritier de l'Ecole des Annales, qui bouleversa l'approche historique dans les années 1930. Il dirigera d'ailleurs, à partir de 1967, la prestigieuse revue des « Annales ». Suivront des dizaines de livres, parmi lesquels « Marchands et banquiers au Moyen Age (1957), « L'Imaginaire médiéval (1985), une biographie de Saint Louis (1996) et « L'Europe est-elle née au Moyen Age ? «  Une quarantaine d'ouvrages au total.

    Jacques Le Goff militait pour une Europe unie, forte et tolérante. Parlant anglais,italien, polonais et allemand, il incarnait cette Europe du dialogue qu'il appelait de ses voeux. Il avait enfin le souci de toucher un large public, notamment à travers la radio (France Culture) et le cinéma (comme conseiller scientifique sur le tournage du film « Le Nom de la Rose » adapté par Jean-Jacques Annaud du roman d'Umberto Eco).