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  • Les affres de l'hiver...

    La merveilleuse histoire du grand cerf de FREYR (6).

     

    Une autre fois encore, cette journée d 'épouvante recommença – mais la bête de chasse était un vieux sanglier de très mauvaise composition. Bien avant d'être à bout de souffle, il fit, à l'abri d'un fourré, tête à la meute. L'écume au groin, claquant des dents, l'oeil en feu, les soies hérissées d'un mouvement convulsif, il était formidable. Un rauquement ininterrompu grondait dans sa gorge et l'hallali coûta cher aux veneurs. Dans la paix du soir enfin recouvrée, les loups se disputèrent âprement des cadavres de chiens aux entrailles répandues.

    Ce fut l'hiver, amenant avec lui la neige, le froid, la famine. Rendues plus audacieuses par un jeüne forcé, les bêtes féroces devinrent vraiment redoutables. Souvent s'élevait, dans l'ombre, le cri d'agonie d'un chevreuil, d'un faon, voire d'une biche ou d'un hère. Seul notre héros continuait d'échapper à tous les dangers – mais il avait faim et, en raison même de cette tranquillité, plus peut-être que les autres. Poussée par le besoin de trouver des arbrisseaux dont l'écorce fut une possibe nourriture, la harde fit, à travers la forêt, de longs déplacements. Pour la première fois, le faon vit les habitations des hommes. Alentour s'étendait un large espace cultivé que les animaux se mirent à explorer, broutant une maigre verdure. Un jour, des hommes surgirent, accompagnés de chiens qui s'élancèrent après la harde. En désordre, ce fut une fuite éperdue. Le faon n'avait jamais vu d'hommes, mais reconnaissant la sinistre voix des chiens, courut plus vite encore que les autres. Dans le bois,il entendit un grand bruit debranches brisées, des cris de douleur... Quand les bêtes furent réunies, un faon et une biche manquaient. Suivant exactement notre fuyard dans sa course, ils étaient tombés, le petit d'abord, puis la mère emportée par son élan, dans une fosse recouverte de branchages. Lui était passé dessus sans rompre une brindille...

     

    ADRIEN de PREMOREL

  • L'horreur du tumulte meurtrier.

    La merveilleuse histoire du grand cerf de FREYR. (5)

     

    Le calme revint avec la mi-octobre. A part l'un ou l'autre très vieux mâle dont la provocation restait le plus souvent sans écho et que fuyaient les biches assouvies, la paix s'était faite entre rivaux épuisés. Somptueusement la forêt s'habillait aux couleurs de l'automne. Bientôt, les premières feuilles papillonnèrent au vent. D'innombrables vols de ramiers que poursuivaient l'autour et le faucon pèlerin s'abattaient, à grand bruit, sur les hêtres et les chênes ; des grives dont l'envers des ailes avait une jolie teinte orange passaient en bandes ; le long des ruisselets, les bécasses grassouillettes sondaient la vase ; sur l'étang des castors, le faon vit se poser des canards au plumage magnifique. Dans la nuit d'octobre, alors que des frôlements glissaient sur les feuilles sèches, haut dans le ciel vibrait soudain l'appel de voyageurs mystérieux...

    Les premiers jours de novembre réservaient au faon une heureuse surprise et un effroi que seule avait pu provoquer en lui la première apparition des loups. Une surprise : il perdit sa livrée. Les taches blanches qui donnaient à son pelage une ressemblance avec celui des daims, bêtes voraces, stupides, et que les cerfs méprisaient, ces taches disparurent. Le miroir du petit lac, un beau matin, lui renvoya son image en robe uniformément fauve. Il en fut ravi, portant plus haut la tête – et, derrière sa mère, il trottait allègrement, en relevant les pattes.

    Un effroi... : Par un de ces jours ensoleillés dont la fine lumière est un charme de la rêveuse automne, courut une sinistre rumeur : l'homme chassait dans Freyr. Vite sur pied, les grands animaux promenant leur inquiétude, prirent le vent afin d'assurer leur fuite. Bientôt se perçut, grandit, éclata l'horreur du tumulte meurtrier. Ah ! C'était autre chose que le miaulement du lynx, le hurlement des loups, l'aboi grêle du renard, autre chose même que le grondement de l'ours en furie ! Une troupe de chiens féroces, dont les cris étaient de vrais rugissements, précipitait sa course. Derrière eux roulait, faisant trembler la terre, une galopade endiablée. Des cris d'encouragements à l'adresse de la meute, des appels, des imprécations, partaient du clan des hommes et la terreur envahissait le coeur même des chênes. Fuyant avec la harde, le faon aperçut, bien en avance sur ses ennemis, la bête traquée. C'était le vieux dix-cors dont la vue, naguère, l'avait frappé d'admiration. Mais tous aujourd'hui s'écartaient de lui, se précipitaient aux refuites connues, craignaient d'attirer le danger sur leurs traces. Longtemps encore, tantôt lointaine, tantôt proche, l'épouvantable horde parcourut la forêt. Puis le soir vint et l'ombre protectrice. Une angoisse au fond des yeux, les bêtes se réunirent – mais jamais ne reparut le grand cerf orgueilleux de sa force. Des chiens, prenant le change, avaient étranglé des faons que leurs mères ne se lassaient pas de réclamer à la nuit. Pendant des jours, les bêtes furent inquiètes, nerveuses, sur le qui-vive au moindre cri d'un geai...

     

    ADRIEN de PREMOREL

     

    (à suivre)

  • Tressaille la forêt, craquent les fourrés...

    L'été passa... Les soirées se firent plus fraîches, ouatées de brume au bord des eaux. Septembre vint, jaunissant les feuilles des charmes et des trembles. Une inquiétude se manifesta parmi les biches qui, plus volontiers, se réunirent ainsi qu'à l'approche d'un danger. Plus fréquemment aussi, de vieux cerfs se mêlaient à leur troupe, et, dans le calme d'un beau matin tout brillant de rosée, un cri sauvage , rauque et puissant, fit tressaillir la forêt. Comme une stupeur, le silence plana – mais d'un autre côté, avec la même violence, un cri semblable répondit. Sous les voûtes bruissantes, parmi l'envol effarouché des oiseaux, d'autres clameurs encore se déchaînèrent. Puis, se furent des galopades effrénées, les fourrés craquant au passage des bêtes en folie. Une fureur possédait les mâles et le faon, stupéfait, écoutait bramer les grands cerfs de Freyr.

    Il eut, jusqu'en octobre, une existence agitée, suivant sa mère, au caprice des victoires, tantôt un vieux cerf, tantôt l'autre. De ces combats acharnés, il ne gardait qu'une impression confuse où dominait l'effroi ; car le vacarme était si grand que les loups eux-mêmes s'enfuyaient, le poil hérissé, l'oeil torve, courbant l'échine et la queue aux pattes. Préoccupées de satisfaire leurs maîtres, les biches se montraient attentives à protéger les faons. Livrés à eux-mêmes, ceux-ci s'écartaient de la troupe et souvent devenaient la proie des fauves. Notre héros, dont l'humeur était particulièrement vagabonde, se trouva plusieurs fois en présence non seulement de loups, mais encore de lynx autrement redoutables. Son instinct le poussait à fuir, mais la bête féroce, après une velléité d'attaque, se retirait sans lui faire aucun mal. D'échapper à tant de périls, donnait au faon une grande assurance. Bientôt même il ne se dérangea plus que pour la forme sur le passage d'un gros ours brun, dont la demeure s'ouvrait entre les rochers du bord de la rivière. Celui-ci s'arrêtait, avec un dandinement de mauvais augure pour le regarder d'un air furieux – et, toujours s'en allait, cahin-caha, grommelant dans sa barbe.

     

    Adrien de Prémorel

     

    (à suivre)