vue d'ensemble des visiteurs nouveau visiteurs visiteurs connus littérature, journalisme, livres, revues alphacentauri UA-35 UA-35
Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

  • Là-bas déjà sonne le cor.

    La merveilleuse histoire du grand cerf de Freyr.

     

    Pourquoi, ce matin, le vieux cerf, se sent-il plein d'assurance ? Là-bas déjà sonne le cor et le bruit se rapproche... N'entend-il pas ? Si, mais puisque les chiens l'épargnent, il veut voir cet homme qui depuis si longtemps trouble sa quiétude.

    Tout à coup la cavalcade débouche entre les arbres. Un arrêt brusque, une stupeur... Avec un cri de triomphe, Hubert désigne aux chiens, désigne à tous la bête merveilleuse. Et dans un seul rugissement fait de cinquante voix, les chiens se précipitent...

    Il fuit le grand dix-cors que jamais meute n'a chassé, il fuit tel le vent : les taillis se brisent comme verre au choc de sa course.

    Derrière lui, loin derrière lui, les chiens s'égosillent, le cor s'époumonne, les chevaux s'emballent excités par des clameurs de victoire. De victoire ? Pas encore... Ah ! La puissance qui jusqu'à ce jour l'a protégé lui manque, eh bien, il va leur montrer à ces chiens, à ces hommes, ce dont est capable le plus vieux cerf de Freyr ! Le voilà qui traverse des fanges, gravit des collines, croise ses voies, s'arrête...Très loin, là-bas, le cor, ce maudit cor ! La bête repart. Voici l'étang des castors, témoin de tant de belles soirées : il s'y précipite, le franchit, bondit dans une course toujours aussi rapide.

    Derrière lui, Hubert sonne et suit sa trace. Les heures s'envolent. Déjà le vent fraîchit...

    Le cerf commence à sentir la fatigue, car toujours s'acharne la poursuite. Et c'est le soir d'octobre, un beau soir calme et grave. Une route : celle d'Amberloup. Le cerf la traverse, mais ses forces l'abandonnent : c'est à peine s'il peut atteindre, au bord d'une clairière dominant le paysage, un épais fourré. Il y entre...Le son du cor se rapproche, et se rapprochent aussi les cris féroce des chiens. Va-t-il donc ici, misérablement, le roi de Freyr, le beau cerf qui pour les fauves était sacré ? Non...

    Cependant voici le chasseur, tout seul, et son cheval frangé d'écume, voici la meute aux yeux sanglants. Hubert l'excite encore...Mais envahi soudain d'une force nouvelle, toute son ancienne assurance revenue, le cerf se dresse au centre du buisson. Que fait-il ?... Il marche d'un pas résolu vers le chasseur, vers les chiens, vers la mort... A son aspect s'étrangle la voix des dogues : ils s'aplatissent et rampent. Le cheval bronche, renâcle. L'intrépide veneur se jette à genoux, le front contre terre. Et le grand cerf regarde sans rien comprendre, mais il lui semble qu'autour de sa tête l'ombre naissante s'illumine.

     

    La clairière est déserte... une hulotte la traverse à coups d'ailes lents.

    Sur la route un cavalier chemine, au pas, suivi de chiens exténués.

    Dans le fourré, gardant au fond des yeux une vision d'apothéose, meurt le plus beau cerf qu'auront jamais connu les grands bois de Freyr.

     

    X

    X X

    J'aime croire qu'au plus profond de la forêt demeurent ensevelis, sous l'humus et les feuilles, les bois énormes du cerf prédestiné. Baignés un jour de l'éternelle clarté, ils ne peuvent pourrir. Et peut-être que, dans le silence frissonnant des nuits d'octobre glisse, au-dessus de leur cachette, une mystérieuse lueur...

     

    Nassogne, janvier 1929.

     

    ADRIEN de PREMOREL

     

    in « Cinq Histoires de Bêtes pour mes Cinq Fils. »

    Collection Durendal - 1935.

  • Le plus beau cerf de Freyr.

    La merveilleuse histoire du grand cerf de Freyr (9).

     

    Des années passèrent. Le daguet , devenu petit cerf, puis dix-cors jeunement, vieux dix-cors et grand vieux dix-cors, était à présent le plus beau cerf de Freyr. Les saisons s'étaient succédé sans que prit fin son immunité singulière. Il ne craignait pas les chiens qui, obstinément, refusaient de suivre sa voie, mais il ne redoutait pas plus les chasseurs, depuis que l'un d'eux, l'ajustant de son arbalète, avait vu la corde se briser, le blessant au visage, et le carreau tomber impuissant, à ses pieds. C'était l'homme qui, pris de panique, avait fui. Du valet de limier au maître d'équipage, tous savaient l'inutilité de découpler sur la voie de cette bête magique. Le grand cerf ne songeait pas à se cacher. En plein jour, il suivait les chemins, narguant, dans une pose sculpturale, les voyageurs peu rassurés, traversait les clairières où fumaient les huttes des bûcherons, poursuivant même un peu ceux-ci pour le plaisir de les voir monter aux arbres. Et les boquillons en avaient une peur atroce le tenant pour l'incarnation d'un dieu jaloux de l'altière Freya. Mais son triomphe était , aux beaux jours de l'automne, l'ère des luttes d'amour. Ici, son absolutisme s'affirmait sans partage, car, l'un après l'autre, en des rencontres implacables, il avait maté tous ses rivaux.Tandis que certains, craintifs, étouffaient l'ampleur de leurs cris, lui réveillant l'écho brâmait à pleine gorge. Nombreuses les biches le suivaient se pliant à ses frénétiques ardeurs.

     

    Un jour d'octobre, il perçut les abois d'une meute extraordinairement nombreuse. Un grand fracas de galops et de cris se mêlait à la voix des chiens, mais un son jamais entendu vint tirer le vieux cerf de son habituelle indifférence. C'étaient les appels prolongés d'un cor vibrant sous une puissante haleine. A cette plainte sauvage il tressaillit, lui que n'habitait plus la crainte, et se hâta vers un autre refuge. A dater d'alors un vent de terreur souffla sur Freyr. Tous les jours, infatigable comme ses chiens, le sonneur de cor traversait la forêt.

    L'un après l'autre furent pris les plus beaux cerfs, puis ce fut le tour de l'ours tué à coups d 'épieu au seuil de sa caverne, des sangliers, des aurochs, délogés de leurs fourrés profonds. Les loups se réjouissaient, car de tels adversaires vendaient chèrement leur vie. Seul le vieux dix-cors n'avait pas été couru. Il restait inviolable, et, cependant, une instinctive crainte lui faisait fuir la rencontre du chasseur. Une intuition l'avertissait peut-être que tant d'acharnement, n'avait, malgré les apparences que lui-même.

    Adrien de Prémorel

    (à suivre)

  • L'Oreille Cassée.

    En ce moment, on voit pas mal d'écrits, d'images et de textes sur « Bianca », la plantureuse chanteuse aux bijoux, « la Castafiore ». j'ai lu et découvert l'album « Les bijoux de la Castafiore » et c'est une lecture bienfaisante, pleine d'humour et qui fait bien rire. Ce duel entre le capitaine Haddock et la cantatrice, aux caractères et aux habitudes diamétralement opposés est irrésistible : quel bon scénario. Bravo Hergé ! Ne révélons surtout pas le final très touchant de cet album.

    Ce 6 décembre 1945 (ou 1946?), le grand Saint Nicolas m'a apporté un autre album d'Hergé : « L'Oreille cassée ». J'étais un peu déçu... J'aurais préféré recevoir un des grands classiques : « Le Secret de la Licorne », « Tintin en Amérique », « L'Etoile mystérieuse » (que j'avais découvert, pendant la guerre, mais en noir et blanc et en feuilleton quotidien dans « Le Soir volé . ») J'aurais aussi préféré recevoir « L'Ile noire », « Le Crabe aux pinces d'or », par exemple.

    Mais ce fut « L'Oreille cassée » ou Tintin en Amérique du Sud. La disparition d'un fétiche Arumbaya dans un musée. Tintin aux commandes de l'enquête. Les deux gredins, dont le lanceur de poignards, qui loupe son coup... d'où l'expression que connaissent tous les Belges : « Caramba, encore raté !!! ». Le voyage maritime à bord du navire « Ville de Lyon » vers le Sud. Et là, la « révolucion » et le général « Alcazar, « c'est un lascar !! » On fait la connaissance du marchand de canons : « Basil Bazaroff » de la Vicking Arms CY LTD et son avion particulier. Tintin, en fuite en voiture, forçant une barrière. Puis en pirogue dans la forêt Vierge. La rencontre avec Ridgewell, l'explorateur ventriloque, et ensuite avec les Bibaros, les ennemis des Arumbayas. Ici encore, faisons l'impasse sur la fin de cet album dépaysant...

    Sacré Hergé !!! Quelle saga, ces aventures inimitables de Tintin et Milou !!!

    LORD JIM