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COXYDE - L'abbaye des Dunes avait connu un essor considérable.

Coxyde est un vieux village, né au XIIe siècle, comme Adinkerque, autour d'une abbaye cistercienne créée au onzième siècle. Elle devint considérable au fil du temps par sa puissance territoriale (4 000 hectares déjà en 1246) et son influence intellectuelle en lien direct avec Clervaux.Thierry d'Alsace, comte de Flandre, donna les terres nécessaires ; l'emplacement actuel est le troisième. Le village se trouvait à plus de 300 m de la limite maritime car deux estuaires, l'un à La Panne (jadis Duinhoek) et l'autre à Oostduinkerque, laissaient rentrer les eaux sur de grandes surfaces plus marécageuses que le Zwin (qui signifie estuaire dans les dunes en vieux flamand).

Les allées et venues d'eau de mer, quatre fois par jour, provoquaient des mouvements de sol constants. Des criques et des rades se formaient, puis s'en allaient. On les appelait en langage local des Yden d'où vinrent Raversyde, Coxyde et Lombardsyde.

Les moines qui cultivaient le sens pratique et utilisaient les ressources de la nature à leur profit et pour les pauvres qui couraient les casseroles de soupes comme celles de Fra Melitone dans « la Forza del Destino » de Verdi, avaient créé des écluses, notamment à Nieuport sur l'Yser. Cela calma les éléments.

Un tableau de Pourbus conservé au musée Groeninge à Bruges montre toujours les bâtiments construits sous l'abbé Elias ( nommé en 1189), puis augmentés, aussi vastes que l'abbaye des femmes d'Herckenrode près de Hasselt. Ce n'est pas peu dire.

Antoine Sanderus dans sa « Flandria Illustrata » en fit de même un peu plus tard. Il y avait là au début du XVIe siècle plus de cent moines et près de 300 frères convers qui travaillaient dans les fermes avoisinantes. Il en rste l'une ou l'autre comme celle de Ten Bogaerde qui fut parfois le siège de l'abbaye elle-même en période de conflits militaires ou de rivalités internes avec les nouveaux abbés nommés soit par le roi d'Espagne, soit par le roi de France. Les granges immenses surgissent des polders comme des hangars à avions.

De l'abbaye des Dunes, il ne reste presque rien sinon quelques piliers de briques, deux ou trois murs à peine plus hauts qu'une fougère, un arc sans doute remonté et plusieurs centaines d'objets. Ces derniers constituent l'épine dorsale d'un musée récemment réaménagé pour expliquer ce qu'était la vie des moines dépendant de saint Bernard (venu ici en 1138) et de l'Ordre de Cîteaux. On ne devait pas rire tous les jours dans cet endroit désertique d'abord, puis relativement boisé, assez pour y abriter des loups, des sangliers et des cerfs ; ces deux derniers firent d'importants dégâts aux cultures vers 1680. Avec les lapins ce fut encore pire ; dès l'origine, ils rendaient les bâtiments instables. Les bois protégeaient les polders contre l'ensablement mais des dunes mouvantes se formaient quand même, menaçant à leur tour l'abbaye. Il n'était pas rare de voir des phoques se prélasser sur les plages.

La révolution française passa par là quand il ne restait pas vingt moines ; ce fut pire qu'à Cluny.

 

K. Loppens a donné en 1930 une étude circonstanciée de l'histoire de Coxyde. Le livre est une rareté mais se trouve à la bibliothèque communale et sur le Net. Pour les amateurs du tout savoir, c'est une aubaine.

C'est aux Dunes que vécu saint Idesbald van der Gracht ; il en fut le cinquième abbé quatre ans après son arrivée, de 1156 à 1167.

Source : un article de Philippe FARCY

in « La Libre Belgique » des 10 et 11 août 2013.

 

Philippe Farcy est notamment spécialiste des châteaux et vieilles demeures, sur tous les plans : architectural, historique, généalogie des propriétaires (souvent des aristocrates), etc.

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