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quartier des palmiers - Page 2

  • Décollage

    D’un pas alerte et décidé, deux hommes vêtus de cuir foulent l’herbe couverte de rosée. A leur montre il est cinq heures trente. L’aurore colore de rose et de pourpre quelques cirrus très haut dans le ciel. La brume émousse et adoucit les reliefs et confère à la campagne environnante une agréable tonalité impressionniste. Les étoiles ont abandonné un dernier quartier de lune à l’ouest. En face, l’horizon s’embrase peu à peu de la palette des rouges et or du soleil levant.

    Le nez petit, le menton fendu et volontaire, Lionel, le pilote enveloppe sa superbe chevelure blonde et ondulée dans son serre-tête.

    Geoffroy, le navigateur, observe encore attentivement le robuste biplan - un Bréguet 19, baptisé « L’Epervier » - dans lequel l’équipage va s’installer.

    Les voilà dans le cockpit. C’est le grand départ.

    Quelques parents, des amis familiers entourent l’appareil. Un mécanicien précieux et dévoué procède aux derniers contrôles. Pas pour longtemps. Il lance l’hélice qui part à la première sollicitation . Le moteur de 500 chevaux crache de la fumée bleue, vrombit puis ronronne régulièrement. L’herbe se couche sous le vent de l’hélice. Les deux hommes saluent de la main une dernière fois.

    Geoffroy, assis à l’arrière, ne quitte pas des yeux sa femme, Françoise, une jolie brune, qui tente de dissimuler son inquiétude. « Blackie », leur chienne, tire tant qu’elle peut sur sa laisse et pousse des cris plaintifs.

    Le risque est présent dès le décollage. Le biplan, bourré de 3.000 litres d’essence va-t-il s’arracher du sol ?

    Lionel constate avec plaisir qu’un léger vent d’ouest se lève et fait onduler la manche à air rouge et blanche. Dommage qu’il soit un rien en travers de la piste herbeuse.

    A suivre

    Lord Jim

  • Dirigeables

    Nous ne devons à aucun moment baisser la garde et perdre de vue que nous sommes en lice avec des concurrents redoutables, poursuit Chabot.

    « Les Allemands d’abord, avec leurs remarquables hydravions et leurs dirigeables rigides - une technique où ils sont passés maîtres.

    « Les Américains ensuite, pour lesquels, toute l’Amérique latine reste une « chasse gardée »

    « Messieurs, nous voici face à de gigantesques défis. « 

    La fin de ce discours est saluée par une ovation, des applaudissements nourris.

    Puis, Chabot s’adresse en particulier à Lionel et Geoffroy et leur propose de les engager en Amérique du Sud.

    Tous deux commencent par se rebiffer.

    Chabot s’efforce de les persuader d’accepter son offre. « Le franchissement des Andes demande des nerfs solides. J’ai besoin d’équipages qualifiés, entraînés, expérimentés et hardis. Chaque vol sera un nouveau défi. Il faudra connaître à fond les cols, les passes de haute montagne, qui permettront d’accéder au Chili et d’en revenir. Du flair sera bien nécessaire pour repérer les courants ascendants. De même, la mise en service des vols de nuit sera une aventure, elle aussi risquée. Mais il faut battre en vitesse et en régularité les moyens de transport de surface… »

    Finalement, les deux compagnons se sentent concernés, motivés même : ils conçoivent qu’un « boulot » passionnant les attend. Ils navigueront à des altitudes fabuleuses et devront déjouer les traquenards implacables de la montagne, du mauvais temps et de la nuit. Un pari à hauteur de leurs ambitions.

    Lord Jim

    A suivre

  • Michèle

    A Toulouse, l’hôtel « Le Grand Balcon » constitue le repaire des camarades de l’Aéropostale. Pilotes et mécanos de la Ligne ressentent profondément l’amertume des deux pionniers désemparés. Ils s’efforcent de les réconforter. On échange des cigarettes. Un pilote fait des tours de cartes et de prestidigitation. Un mécano joue de la guitare, un autre l’accompagne à l’harmonica.

     

    - « Tiens, voilà Valmont, un ancien pilote de la treizième escadre de bombardement ».

    Valmont se tourne vers Geoffroy : « Mes respects mon capitaine ! Rien n’est perdu et surtout pas l’honneur ! « 

     

    Le vin coule. Certains plaisantent. Parlent de femmes rencontrées à Paris ou à Toulouse. De cette mulâtresse de toute beauté aperçue en A.O.F. (Afrique Occidentale Française). D’autres évoquent des souvenirs.

     

    On a écrit que la « Ligne » était comme une « religion ». Les aviateurs pratiquaient un métier plein de risques et très dangereux. Ils bravaient le brouillard, la neige, la montagne, les tempêtes, le désert… Au service du courrier et de la ponctualité des liaisons, ils se retrouvaient comme des frères sous la férule d’un chef exigeant. Plus de cent hommes sont morts pour la seule Ligne Aéropostale (dont naîtra la future AIR FRANCE). Il est authentique que d’aucuns ont sacrifié leur vie pour sauver leurs passagers.

     

    LORD JIM

    A suivre